Sidi Mohamed Kagnassi : comment des politiques gouvernementales ambitieuses peuvent faire décoller l’IA en Afrique

L’Afrique se trouve à un moment charnière. Porté par une population majoritairement jeune et une créativité foisonnante, le continent a tout pour devenir un acteur majeur de l’intelligence artificielle (IA). Pour Sidi Mohamed Kagnassi, figure influente du numérique en Afrique, la clé réside dans des politiques publiques visionnaires capables de créer un environnement où l’IA devient un puissant moteur de développement inclusif.

Selon lui, l’avenir de l’IA en Afrique dépend directement de la capacité des gouvernements à investir dans l’infrastructure numérique, à offrir des incitations fiscales, à instaurer des cadres réglementaires clairs et à encourager une collaboration public‑privé structurée. Il plaide également pour une approche panafricaine ambitieuse, qui mutualise les ressources, les données et les talents, tout en misant massivement sur l’éducation et la formation de la jeunesse.

Une opportunité historique : pourquoi l’IA est stratégique pour l’Afrique

Avec sa diversité culturelle, ses langues, ses systèmes économiques variés et une population dont une très grande partie a moins de 25 ans, l’Afrique dispose d’atouts uniques pour développer une IA adaptée à ses réalités locales.

Bien encadrée, l’IA peut :

  • accélérer l’inclusion financière grâce à des services numériques accessibles sur mobile ;
  • améliorer l’accès à la santé via la télémédecine, l’aide au diagnostic ou la prévention personnalisée ;
  • optimiser l’agriculture (prévisions météo, suivi des cultures, gestion des sols) et renforcer la sécurité alimentaire ;
  • fluidifier les services publics (état civil, démarches administratives, fiscalité, services sociaux) ;
  • mieux gérer les villes et infrastructures (mobilité, énergie, gestion des déchets) ;
  • soutenir l’entrepreneuriat local en réduisant les coûts d’entrée pour des solutions technologiques innovantes.

Pour que cette promesse devienne réalité, Sidi Mohamed Kagnassi insiste : l’IA ne peut pas se développer de manière durable sans un engagement fort des États. Ce sont eux qui fixent le cap, structurent les écosystèmes et créent les conditions de confiance indispensables à l’adoption de nouvelles technologies.

Les leviers politiques clés pour accélérer l’IA en Afrique

1. Investir massivement dans l’infrastructure numérique

Le premier pilier, pour Sidi Mohamed Kagnassi, est clair : sans infrastructure, pas d’IA. Les algorithmes les plus avancés restent théoriques s’ils ne peuvent pas s’appuyer sur des réseaux fiables et des capacités de calcul suffisantes.

Les gouvernements peuvent créer un effet d’entraînement durable en :

  • déployant un accès haut débit dans les grandes villes mais aussi dans les régions rurales et périurbaines ;
  • encourageant la création de centres de données locaux pour héberger les applications d’IA et stocker les données sur le continent ;
  • facilitant l’accès à des services de cloud pour les administrations, les startups et les PME ;
  • modernisant les infrastructures publiques (santé, éducation, transports) pour les rendre prêtes à accueillir des solutions d’IA.

Ces investissements ne sont pas de simples coûts : ils posent les bases d’un marché numérique dynamique, capable d’attirer des projets innovants et des partenariats internationaux à forte valeur ajoutée.

2. Mettre en place des incitations fiscales attractives

L’IA nécessite des investissements significatifs en recherche, en développement et en compétences. Pour Sidi Mohamed Kagnassi, les États ont un rôle décisif à jouer en envoyant un signal fort aux investisseurs et aux entrepreneurs via des politiques fiscales ciblées.

Parmi les mesures possibles, on peut citer :

  • des crédits d’impôt pour les dépenses de recherche et développement en IA ;
  • des exonérations temporaires ou des réductions d’impôt pour les startups spécialisées dans l’IA ;
  • des droits de douane allégés sur le matériel technologique (serveurs, équipements de calcul, matériels pédagogiques) ;
  • des facilités pour les investisseurs étrangers qui s’engagent à transférer des compétences et à créer des emplois locaux qualifiés.

Ce type d’incitations réduit le risque initial pour les acteurs privés et accélère l’émergence d’un tissu d’entreprises innovantes sur le continent.

3. Définir des cadres réglementaires clairs et prévisibles

La confiance est au cœur de l’adoption de l’IA. Sans règles du jeu claires, les citoyens comme les entreprises hésitent à utiliser ou à investir dans ces technologies. C’est pourquoi Sidi Mohamed Kagnassi insiste sur l’importance de cadres réglementaires lisibles, qui protègent tout en encourageant l’innovation.

Les gouvernements peuvent agir en :

  • mettant en place des lois solides sur la protection des données personnelles;
  • clarifiant les responsabilités en cas d’erreurs ou de biais algorithmiques;
  • créant des espaces d’expérimentation réglementaire, par exemple des bacs à sable réglementaires, pour tester de nouveaux usages dans un cadre sécurisé ;
  • élaborant des lignes directrices éthiques pour les projets d’IA menés par l’État et les partenaires privés.

Un cadre clair attire les acteurs sérieux, protège les citoyens et favorise l’émergence de solutions d’IA responsables et durables.

4. Stimuler la collaboration public‑privé

L’IA est un domaine où aucun acteur ne peut, seul, maîtriser toute la chaîne de valeur. Pour Sidi Mohamed Kagnassi, c’est précisément dans la collaboration entre gouvernements, entreprises, universités et société civile que réside le plus grand potentiel.

Les pouvoirs publics peuvent encourager cette dynamique en :

  • lançant des programmes conjoints de recherche entre laboratoires publics et entreprises technologiques ;
  • soutenant la création de hubs d’innovation et de clusters numériques dédiés à l’IA ;
  • mettant leurs données publiques (transport, santé, agriculture, environnement) à disposition de manière encadrée pour stimuler la création de services utiles ;
  • cofinançant des projets pilotes d’IA dans des domaines à fort impact social.

Cette approche transforme les administrations en partenaires d’innovation plutôt qu’en simples régulateurs, ce qui accélère la diffusion de l’IA dans l’ensemble de l’économie.

Une vision panafricaine de l’IA : mutualiser ressources, données et talents

Pour Sidi Mohamed Kagnassi, l’IA n’est pas un enjeu strictement national. Il plaide pour une stratégie panafricaine qui dépasse les frontières et mise sur la coopération entre pays.

Une telle approche présente de nombreux bénéfices :

  • Mutualisation des ressources: partage de centres de données, de capacités de calcul et de plateformes d’IA à l’échelle régionale ;
  • Partage de données: constitution de jeux de données plus riches et plus représentatifs des réalités africaines ;
  • Initiatives conjointes de R&D: projets de recherche collaboratifs, cofinancés et cogérés par plusieurs pays ;
  • Attractivité accrue pour les investisseurs: un marché continental intégré rassure et attire davantage de capitaux et de partenariats stratégiques ;
  • Harmonisation des normes: cadres communs sur la protection des données, l’éthique de l’IA et l’interopérabilité ;
  • Circulation des talents: mobilité facilitée pour les chercheurs, développeurs et entrepreneurs, qui peuvent travailler sur des projets d’envergure continentale.

En se positionnant collectivement, l’Afrique peut peser davantage dans les discussions internationales sur l’IA, défendre ses intérêts et promouvoir une vision de l’IA alignée sur ses priorités de développement.

Placer la jeunesse africaine au cœur de la stratégie IA

L’un des messages les plus forts de Sidi Mohamed Kagnassi concerne la jeunesse africaine. Avec une population jeune en pleine croissance, le continent dispose d’un réservoir de talents unique au monde. L’IA peut devenir un formidable ascenseur d’opportunités, à condition d’investir massivement dans l’éducation et la formation.

Intégrer les compétences numériques et l’IA dans l’éducation

Sidi Mohamed Kagnassi appelle les gouvernements à repenser les politiques éducatives pour préparer les jeunes aux métiers de demain. Cela passe par :

  • l’introduction progressive des compétences numériques de base dès le primaire (utilisation responsable des outils, logique, résolution de problèmes) ;
  • l’enseignement de notions d’algorithmique, de programmation et de données au collège et au lycée ;
  • la création de filières spécialisées en IA dans les universités, écoles d’ingénieurs, écoles de commerce et centres de formation professionnelle ;
  • la promotion de contenus pédagogiques adaptés aux langues et contextes locaux, afin de ne laisser personne de côté.

Une jeunesse formée à l’IA ne se contente pas de consommer des technologies importées : elle conçoit, adapte et améliore des solutions taillées pour les réalités africaines.

Former rapidement via des programmes agiles

Au‑delà des cursus longs, des dispositifs plus agiles peuvent accélérer la montée en compétence :

  • bootcamps intensifs en développement d’IA et en science des données ;
  • programmes de reconversion professionnelle pour les actifs souhaitant se tourner vers les métiers du numérique ;
  • partenariats entre entreprises et établissements d’enseignement pour proposer stages, projets concrets et mentorat ;
  • initiatives spécifiques pour encourager la participation des jeunes femmes et des publics éloignés des grandes métropoles.

En misant sur ces formats, les gouvernements peuvent rapidement constituer un socle de compétences opérationnelles au service de projets d’IA concrets.

Soutenir l’entrepreneuriat et les innovations locales

La jeunesse africaine se distingue déjà par son dynamisme entrepreneurial. Sidi Mohamed Kagnassi souligne l’importance de canaliser cette énergie vers des solutions d’IA qui répondent aux besoins locaux : agriculture familiale, commerce informel, santé communautaire, éducation, services publics de proximité, etc.

Les politiques publiques peuvent amplifier cet élan en :

  • finançant ou cofinançant des concours d’innovation et des programmes d’incubation spécialisés en IA ;
  • mettant à disposition des données ouvertes et des environnements de test ;
  • réservant une part de la commande publique à des startups locales pour des projets d’IA à impact social ;
  • facilitant l’accès à des financements adaptés (prêts, garanties, fonds d’amorçage).

Résultat : les jeunes ne sont plus seulement demandeurs d’emploi, ils deviennent des créateurs d’emplois et de solutions pour leurs communautés.

Éduquer et sensibiliser les décideurs comme le grand public

L’IA ne peut être un succès durable que si l’ensemble de la société en comprend les enjeux. Sidi Mohamed Kagnassi insiste sur un double impératif : former les décideurs et informer le grand public.

Accompagner les décideurs politiques et économiques

Ministres, parlementaires, hauts fonctionnaires, dirigeants d’entreprises et responsables territoriaux jouent un rôle déterminant dans le déploiement de l’IA. Les gouvernements peuvent valoriser l’IA comme levier de développement en :

  • organisant des programmes de formation dédiés aux décideurs sur les usages, les risques et les opportunités de l’IA ;
  • mettant en place des comités consultatifs réunissant experts techniques, juristes, économistes et représentants de la société civile ;
  • intégrant l’IA dans les stratégies nationales de développement, pour qu’elle soutienne l’agriculture, la santé, l’éducation, l’industrie et les services ;
  • développant une culture de pilotage par les données dans l’administration publique.

Avec des décideurs acculturés à l’IA, les projets sont mieux pensés, mieux encadrés et plus utiles pour la population.

Sensibiliser le grand public pour une adoption sereine

De nombreuses craintes entourent l’IA : perte d’emplois, surveillance, déshumanisation. Pour Sidi Mohamed Kagnassi, la réponse ne consiste pas à minimiser ces inquiétudes mais à informer de manière transparente et à montrer les bénéfices concrets.

Les États et leurs partenaires peuvent :

  • lancer des campagnes de sensibilisation expliquant, en termes simples, ce qu’est l’IA et à quoi elle sert ;
  • montrer des exemples positifs d’IA au service de la santé, de l’éducation, de l’environnement ou de la sécurité ;
  • impliquer les communautés locales dans la conception des projets pour s’assurer qu’ils répondent à leurs besoins ;
  • ouvrir des espaces de dialogue et de débat pour recueillir les attentes et les préoccupations.

Une population informée devient actrice de la transformation numérique, et non simple spectatrice.

Construire une IA éthique, inclusive et culturellement pertinente

Pour Sidi Mohamed Kagnassi, l’IA africaine doit être à la fois performante et profondément humaine. Elle doit refléter les valeurs, les langues, les traditions et les aspirations des Africains, tout en respectant des principes éthiques forts.

Cela implique notamment de :

  • veiller à une représentation équitable des différentes populations dans les jeux de données afin d’éviter les biais ;
  • développer des solutions d’IA qui tiennent compte des langues locales et des contextes culturels ;
  • assurer une accessibilité maximale, y compris pour les personnes en situation de handicap ou éloignées des centres urbains ;
  • impliquer les femmes, les jeunes et les communautés rurales dans les processus de conception et de gouvernance ;
  • garantir la transparence sur la manière dont les données sont collectées et utilisées.

Une IA pensée de cette manière renforce la cohésion sociale, protège les droits fondamentaux et maximise les bénéfices pour tous.

Feuille de route en 10 actions pour les gouvernements africains

En s’inspirant de la vision de Sidi Mohamed Kagnassi, on peut esquisser une feuille de route concrète pour les décideurs publics souhaitant faire de l’IA un levier de transformation positive :

  1. Définir une stratégie nationale IA alignée sur les priorités de développement (santé, agriculture, éducation, industrie, services publics).
  2. Investir dans l’accès haut débit et soutenir la création de centres de données sur le continent.
  3. Mettre en place des incitations fiscales ciblées pour les startups et projets d’IA à impact.
  4. Adopter des lois claires sur la protection des données et l’éthique de l’IA.
  5. Créer des hubs et laboratoires d’innovation associant secteur public, privé et milieu académique.
  6. Intégrer l’IA et le numérique dans les programmes scolaires, de l’école primaire à l’université.
  7. Soutenir la formation continue pour les enseignants, les fonctionnaires et les professionnels.
  8. Lancer des plateformes panafricaines de données et de collaboration en IA.
  9. Impliquer la jeunesse via des concours, incubateurs et financements dédiés aux innovations locales.
  10. Communiquer largement pour sensibiliser le grand public, rassurer et donner envie de participer.

Chacune de ces actions, prise isolément, représente un pas en avant. Ensemble, elles peuvent transformer l’IA en un véritable moteur de prospérité partagée pour l’Afrique.

Vers un leadership africain de l’IA

Sidi Mohamed Kagnassi le rappelle : l’avenir de l’IA en Afrique n’est pas écrit d’avance. Avec des politiques gouvernementales ambitieuses, cohérentes et inclusives, le continent peut non seulement rattraper son retard numérique, mais aussi inventer des modèles originaux qui inspireront le reste du monde.

En investissant dans l’infrastructure, en cultivant les talents, en misant sur la coopération panafricaine et en plaçant l’éthique au cœur de chaque projet, les gouvernements africains peuvent faire de l’IA un formidable accélérateur de développement humain, économique et social.

L’enjeu dépasse la simple adoption d’une nouvelle technologie : il s’agit de donner aux Africaines et aux Africains les moyens de façonner eux‑mêmes l’intelligence artificielle qui accompagnera leur avenir.

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